Viniatique The Wine Fold

Le Blog de Viniversa : Vinitiatique         Dernier article posté le mercredi 11 novembre 2009 Le site www.viniversa.com

11NOV

Visca Catalunya

Au pays du soleil, de la mer et du vin, à bourricot sur deux états, nous sommes partis en promenade de bouteille en bouteille à la recherche d'un caractère catalan bien trempé dans la Méditerranée. Des onze appellations, douze si on compte le Cava, nous avons choisi quelques unes qui semblent avoir fait le plus d'efforts pour évincer les cépages envahisseurs du pays "voisin de dessus" pour y refaire vivre ceux du coin.

Vins Catalans

Malgré une très longue tradition viticole, l'histoire des appellations en Catalogne est récente, la plus ancienne, l'Empordà, date de 1975, et le Montsant de 2001. C'est dire toute l'importance des dernières années pour mettre de l'ordre dans les ceps. Pour se faire entendre sur la scène internationale, il vaut mieux parler le Cabernet et le Chardonnay que le Sumoll et le Callet. Et pour se vendre aux Amériques, un peu de langue de bois n'est jamais de trop : les vins catalans, comme les autres vins d'Espagne, ont pendant un temps écouté les sirènes venues des lointaines côtes atlantiques. Mais aujourd'hui on voit un début de renaissance de l'esprit vigneron catalan et des cépages autochtones. Et tant mieux, car même si ce serait certainement plus simple si nous parlions tous la même langue, imaginez l'ennui !

A bas l'espéranto ampélographique ! Vive le plurilinguisme ! Et tant qu'à faire : Visca Catalunya !

Recaredo Brut Nature 2006 (DO Cava) Non, ce n'est pas un ersatz de Champagne ! Ce cava revendique une identité propre en n'utilisant que du xarel.lo, parellada et macabeu dans son assemblage. Un vignoble de 46ha en bio, vendangé à la main, des rendements d'environ 40hl/ha. Remué manuellement après 27 mois sur lattes avec un bouchon en liège et dégorgé à la volée sans congélation préalable. Pas de liqueur d'expédition, la première bouteille à être dégorgée sert pour faire le niveau des autres - en plus, à Recaredo on ne produit que des brut natures. Ce n'est peut-être pas l'idée que l'on se fait d'un cava, mais quitte à en boire, autant que ce soit du vrai de vrai.

Une mousse tendre et volumineuse, un nez de verveine, d'épices comme l'anis et le poivre, de poires mûres, d'agrumes. La bouche fond sous la langue en petites bulles qui craquent et laissent couler un jus savoureux et tendre qui finit sur de beaux amers, sans rancune, juste une petite revanche bien méritée.

Pardas Xarel.lo 2007 (DO Penedès) Je vote en faveur de l'expression de l'autochtonicité. Pourquoi faire du Chardonnay dans le Penedès quand on peut y faire du Xarel.lo ? Ananas confit, agrumes, fleurs blanches, poivre. Tout en volume dès l'attaque, la fin de bouche s'en va au large dans de beaux amers.

Pardas Xarello

Masia Carreras 2007 (DO Empordà) Voici un bel assemblage de cépages du cru : Carignan blanc, Picapoll, Grenache gris et blanc. De vraies vieilles vignes sur un sol de schistes dégradés. Un nez doux de nougat aux fruits confits, d'agrumes confits, d'abricots, avec une touche de minéralité, de fumée. La bouche est riche et grasse, puis s'étire et s'affine, perd son embonpoint et se retire en filant droit et minéral. Un beau vin de vigneron !

Anima Negra An 2005 (Vi de la Terra de Mallorca) C'est l'histoire de trois amis d'enfance, Fongoneu, Callet et Manto Negro, qui rêvent de pouvoir se mesurer contre des carrures de renommée mondiale et de prouver leur propre valeur au delà de leur Majorque natale. Sauf qu'en s'habillant comme les autres et en parlant la même langue, ils risquent de se noyer dans la foule et de ne plus se faire entendre. Un joli vin comme ceci, (beau grain de tanins, succulentes saveurs fruitées, fumées et sanguines) devrait être fier de parler son dialecte sans se soucier de la grammaire du bois neuf.

Cèrvoles 2005 (DO Costers del Segre) Costers del Segre est une de ses appellations qui a vendu les bijoux de famille pour s'offrir toute la collection de brillants à la mode, qu'ils ont bien su travailler, d'ailleurs. Si je vous dis "Raimat", peut-être aurez-vous déjà goûté des vins de cette DO sans le savoir ? Ce Cèrvoles est un beau vin bien fait d'Ull de Llebre (Tempranillo), Cabernet sauvignon, Grenache et Merlot, un vrai salmigondis de cépages qui fait une savoureuse macédoine de fruits rouges bien mûrs au jus de viande et épices douces.

Sot Lefriec 2002 (DO Penedès) Le vin le plus français de la dégustation. Du Merlot, du Cabernet et un soupçon de Carignan dans un millésime difficilissime (pluies aux vendanges) où une sélection rigoureuse était la seule solution pour s'en sortir. Un début d'évolution, des notes de viande, de fumée, de fraise et de framboise, une écharde de bâton de réglisse. La bouche est suave, fraîche, très girondine avec ses tanins fermes, fluides et fins.

Mas Estela Vinya Selva de Mar 2004 (DO Empordà) Un beau vin de soleil, de la lune et des étoiles. Mûres, viande, épices, chocolat, au nez. Une bouche serrée serrée en finale, qui a besoin de se frotter contre une cuisse de sanglier ou de biche pour lui enlever quelques couches d'épiderme et finir en tendres enlacements.

Venus la Universal 2005 (DO Montsant) La Déesse de l'amour fait l'unanimité. Un nez de séducteur expérimenté: il embaume de fraises et de cerises dans un nuage de parfum fruité; il sait rajouter de l'épice quand il le faut, et il se ressaisit et adapte son ton à chaque fois qu'on le fait virevolter. La bouche est toute une leçon de tendresse avec ses rondeurs généreuses animées par une verve rafraîchissante. Juteux, savoureux, bien balancé, et dévoué en longueur. Un jeune vin qui promet.

Els Escurçons 2006 (DOQ Priorat) Produit dans un coin oublié, rescapé de l'étreinte des vipères en haut de la colline où les schistes deviennent rouges. Els Escurçons est un "vi de finca": un vin produit sur une seule parcelle, comme un futur cru - trop cru encore car trop jeune - de Grenache essentiellement, et de quelques plants de Syrah. C'est un beau vin, équilibré, floral, plein, réservé et minéral, qui ne fait que balbutier ses premiers mots doux au nez qui s'y approche. C'est un Priorat en finesse, en élégance, étonnamment complet vu le jeune âge de ses vignes. C'est déjà très bon, mais ce sera superbe, il faut attendre qu'il déroule tous ses charmes sous l'enchantement rythmique du temps.

Vinya del Vuit 2006 (DOQ Priorat) Sur sa réserve, têtu comme le mule qui a labouré les terrasses pierreuses, le Vuit (8) est sombre et couve ses talents avec jalousie. Plus riche et plus serré que Els Escurçons, ici c'est le Carignan centenaire qui prend une revanche bien méritée après avoir été laissé à l'abandon pendant une trentaine d'années, à se morfondre dans ses schistes. A nous d'attendre patiemment son éveil. Un très beau jus, pur et sagement extrait de sa carapace, laisse deviner un long avenir.

Vins Catalans

Alta Alella Dolç Mataró 2006 (DO Alella) Du cassis et re-cassis avec chocolat en poudre, et un soupçon de réglisse. Un sage dosage de sucrosité structurée par des tanins suaves, malgré une macération très longue (6 mois en cuves !). Un verre de vraie gourmandise. Le Mataró est un cousin du Mourvèdre que le développement urbain sur ces bords méditerranéens a failli vouer aux oubliettes.

La Rectorie Côté Mer 2007 (AOC Collioure) Quelle différence de style ! Fluide, tendu, un peu sur la réserve; minéral et frais. Une leçon de réserve et d'élégance, histoire de réveiller des rivalités saines entre Catalans du nord et Catalans du sud.

10OCT

Priorat : Clos Mogador

Je tombe sous le charme d’un paysage viticole, le Priorat. Visité dans tous les sens, du plus haut vignoble au plus profond des chais, c’est un vignoble d’Espagne qui vibre et qui s’agite, surtout au moment des vendanges. Pour terminer cette seconde journée, une visite au Clos Mogador avec René Barbier.

Clos Mogador

René Barbier (3ème du même nom), viticulteur, vigneron, mais aussi par la force des choses, jardinier paysagiste et gardien de la biodiversité, regarde d’un œil fier, amoureux et humble le vignoble qu’il a sculpté pendant les trente dernières années sur des coteaux de pierres schisteuses (la llicorel.la) à la sortie de Gratallops.

« Là où il n’y a que de la vigne, ce n’est plus chez moi » précise-t-il d’un geste vers les vignobles voisins, démonstratifs et propres, sans un brin d’herbe, enfin : des parcelles qui enorgueilleraient plus d’un vigneron du coin. La vigne à Mogador s’inscrit tellement dans le paysage qu’on a du mal à l’apercevoir de loin. C’est une fierté pour René Barbier pour qui les vignes ne sont qu’une partie, certes primordiale, d’un ensemble plus divers. Jamais il n’a arraché un arbre en vie, et il y a chez lui cette franche acceptation (paysanne ?) de l’ordre des choses dans la nature. Tout a le droit de vivre, et tout mourra un jour. Il n’y a rien de grave en cela. Par contre, si on peut jouer du côté de la vie …

Clos Mogador maison

Au Clos (ici on prononce le ‘s’), René Barbier cultive tout naturellement la vigne depuis son arrivée en 1978 sur des coteaux déserts. Mais il cultive aussi des oliviers arbequina, qui s’agrippent, têtus, au talus; il a planté un cognassier par ci et par là et les branches fléchissent sous l’opulence des fruits; il essaie un noyer pour voir ce que ça donne; il protège d’une interdiction formelle d’y toucher un jeune figuier en bout de rang qui a poussé au hasard d’une graine échappée (et qui doit gêner un tracteur); il élève des poules; il travaille avec une mule sur certaines terrasses, et il y a même des chèvres, … ça grouille, ça vibre, enfin ça Vit sur les 22 hectares du Clos Mogador. Soit dit en passant (et il est fort aisé de passer à côté de ce domaine intime sans s’en rendre compte), René Barbier produit l’un des grands vins de ce monde…dans son jardin.

Clos Mogador Rene1

Après une visite du vignoble dans une 4x4 à la suspension plutôt dure, on est rentré à la cave, sous un ciel menaçant et quelques gouttes de pluie, où 16 personnes triaient grain par grain des Grenaches récoltés dans la journée. Ayant bu le terroir (passage obligé), il ne restait plus qu’à goûter le vin…

Clos Mogador Chai vendanges

Manyetes 2006

Un vignoble en coteau escarpé à la sortie de Bellmunt del Priorat, dans le sud de l’appellation. Très différent du Clos Mogador, aux sols plus pauvres encore, c’est un vignoble qu’il a laissé comme il l’a trouvé et qui s’exprime sur un autre registre, plus immédiat. A majorité de Carignan (60%) et de Grenache (30%), il y a aussi de la Syrah et du Cabernet sauvignon. Mais ce qui compte, c’est le terroir.

La minéralité est marquée dès le premier nez dans une expression de pierre chaude mélangée à des épices, à un fruité marqué de mûres et de cassis en gelée, à une touche de cacao. Expressif et bavard, c’est un vin avenant et aimable, suave et puissant en bouche, très velouté et avec un soleil amadoué qui rayonne en finale.



Mogador 05 blle1

Clos Mogador 2006

Le Clos, c’est 30 années de coexistence, une connaissance intime du terroir et un respect total de son expression. Plusieurs générations de vignes ont le droit de s’exprimer, on n’écarte pas les jeunes sous prétexte qu’ils n’ont rien d’intéressant à dire. Au contraire, ils apportent une touche de fraîcheur et du fruit aux ceps vieillissants qui, eux, affirment le terroir et la pierre. Ce qui compte avant tout, c’est une harmonie d’ensemble qui s’exprime en unisson. Harmonie aussi d’encépagement. Bien sûr, le Carignan et le Grenache sont présents en association avec le Cabernet et la Syrah… mais y aurais-je vu un peu de Tannat par là ? Elevé pendant 20 mois en barriques de 300L, le vin domine allègrement le bois.

Le nez est plus réservé, plus méditerranéen et plus sauvage que pour Manyetes. On y trouve des notes de fumée, de fruits mûrs, de réglisse, d’olive noire et une petite touche animale, de jus de viande. La minéralité est aussi là, mais se révèle avec plus de force en bouche. L’attaque en bouche est tout en suavité et rondeur. D’une matière profonde, savoureuse, et aux tanins fins et fermes, mais revêtus d’une chair généreuse. La fraîcheur est celle de la pierre, magnifique, qui s’allonge en strates superposées dans une finale impressionnante.

Clos Mogador vignes 2

Nelin 2007

Un blanc pour finir. Provenant d’autres parcelles, situées tout en haut d’un coteau (vu de loin comme une calvitie menaçante aux quelques cheveux récalcitrants) où se reflète le Monsant, c'est du Grenache blanc, essentiellement, avec Viognier, Roussanne, Macabeu et même Pinot noir en complices. Un total de 6000 blles sur environ 6 ha de vignes.

Le Pinot accentue la profondeur de sa robe étincelante. Le nez s’ouvre sur un fruité confit et un boisé fondue et épicé. Des notes de soja, d’abricot confit, de pêche se révèlent avec une touche de miel et de chèvrefeuille. La bouche est d’une grande onctuosité - on peut se perdre la langue dans cette volupté - mais un petit peu de fraîcheur et surtout une texture minérale de pierre fraîche rattache la chair à une structure assagie.

15JUL

Technique contre Nature

Le vin bio n’existe pas* – Vive le vin bio !

Par principe, je ne bois jamais de vin …, je bois toujours du vin par plaisir. En principe, on boit souvent du vin bio par principe, et donc je voulais vérifier si on pouvait aussi le boire par plaisir… d’où ce match entre des vins plutôt natures et des vins plutôt technologiques.

Pour être tout à fait scientifique dans la démarche, il faudrait comparer des vins produits par le même vigneron sur le même terroir selon des méthodes différentes, ou goûter des vins d’un vigneron en bio d’avant sa reconversion et les comparer avec ceux qu’il fait aujourd’hui. Mais j’ai choisi une autre approche en prenant des vins sur le marché dans la même catégorie par leur appellation ou leur cépage pour les comparer selon leur grandeur et leur rapport prix-plaisir. Ça me semblait plus réaliste comme approche.

Cours de degustation D’abord, de quoi parle-t-on quand on parle bio et technologie ?

Les trois constants de la production vinicole sont le sol, la vigne et le vin. Un vigneron intervient forcément sur les trois, d’une façon ou d’une autre, mais ses choix d’intervention et les moyens qu’il utilise sur les deux premiers, le sol et la vigne, le classe dans l’une des catégories suivantes …

L’agriculture conventionnelle : Pourquoi conventionnel ? Ce mode de culture n’est la norme que depuis un peu plus d’un siècle. Entre les deux guerres, les usines qui fabriquaient des bombes ont refourgué leurs surplus de nitrates comme engrais aux agriculteurs appelés à produire toujours plus. Avant le conventionnel, bien sûr, tout le monde était bio, car il n’y avait pas d’autre solution. Quand l’herbe poussait où il n’en fallait pas, on labourait, on fauchait et on envoyait les moutons en renfort l’hiver. Avec l’arrivée des engrais, l’herbe montait un brin trop vite : sitôt broutée elle repoussait. On a donc troqué herbivores contre herbicides, puis on a ouvert la porte aux fongicides, insecticides et plein d’autricides de synthèse et semé la zizanie dans la vie microbienne des champs. Melodramatique, dites vous, mais vrai – les mycorhizes s’en lamentent en citant Racine : « Le ciel même peut-il réparer les ruines - De cet arbre séché jusque dans ses racines! » (Athalie) – et on commence tout juste à se rendre compte de l’étendu du désastre. On voyait tous ces produits comme des progrès, des avancées qui rapprochaient le monde agricole du monde urbain, augmentant la production et diminuant les besoins en main d’œuvre. Mais il s’agissait d’une vraie bombe à retardement. En appauvrissant la vie des sols, on porte préjudice aux productions de demain et surtout, pour ce qui nous concerne, on s’éloigne de l’expression d’un terroir et donc du vrai sens de nos appellations contrôlées.

La lutte raisonnée : j’ai toujours trouvé cette désignation drôle. Comme si jusque-là on n’avait pas réfléchi, on avait boxé dans le vide à la Don Quichotte contre des maladies imaginaires … Mais la lutte raisonnée est certainement un pas dans la bonne direction. Une étape, peut-être. On cherche une raison de lutter, bref, on regarde avant de traiter pour voir si la petite bête embêtante est bien là. Puis on compte jusqu’à dix pour lui laisser une chance de s’échapper, et on le pulvérise raisonnablement avec une dose plus faible du produit adapté. C’est plus sain et plus respectueux de l’environnement. Vin naturel

L’agriculture biologique : On n’utilise pas de produits de synthèse à la vigne, ni d’engrais chimiques, ni d’herbicides. On laboure les sols pour apporter de l’air aux micro-organismes. Pour combattre les maladies, on se tourne vers le cuivre et le soufre. Il faut trois ans pour se reconvertir vers le bio, et on ne le devient qu’à la quatrième récolte sans produits de synthèse. Il y a un cahier des charges obligatoire et des inspections in situ par des organismes de certification. Le but du jeu, c’est de respecter la vie (bio = vie).

La biodynamie : C’est le Rock ‘n’ Roll agricole et ça fait jaser : tout le monde en parle, tout le monde s’en inspire, mais peu sont ceux qui suivent le rythme au point d’être certifiés. Certains des plus grands vins de France, et des plus chers, sont produits à partir de raisins biodynamiques. C’est fascinant, surtout parce qu’on ne maîtrise pas tout, on ne comprend pas tout, mais on voit qu’il y a des choses qui marchent. C’est le bio esotérique, l’agriculture biologique avec un petit « je ne sais quoi » de plus. On utilise le cuivre et le soufre pour lutter contre les maladies mais aussi des tisanes de plantes médicinales appliquées à doses homéopathiques où l’on cherche à renforcer la vie dans le sol et améliorer la photosynthèse. Depuis que Rudolf Steiner en a esquissé les bases en 1924 à la demande d’agriculteurs polonais inquiets des effets des engrais chimiques sur leurs cultures, la biodynamie énerve certains scientifiques autant qu’elle en fait vibrer d’autres. Cette approche empirique replace l’agriculteur au centre de l’action et redynamise son rôle primordial d’observateur.

… Et puis il y a les inclassables. Ceux qui sont bio sans étiquette, ceux qui sont en conventionnel mais qui traitent moins que les lutteurs raisonnables, ceux qui se disent biodynamistes parce qu’ils boivent un tilleul-menthe avant de se coucher, et glou et glou… Et puis il y a ceux qui font bien, qui aiment leur le sol, leur vigne, leur métier et leur santé et qui méritent notre confiance de consommateur. Oh, que la vie de l’amateur serait beaucoup plus simple s’il pouvait se concentrer sur l’organoleptique !

Et là, on n’a parlé que du raisin ! Si on en venait à parler du vin ?

La technologie oenologique met à disposition des vignerons toute une panoplie de moyens pour intervenir sur la nature et "corriger" ses déboires. Que ce soit la chaptalisation, l’acidification, le levurage, l’enzymage, l’osmose inverse, … la technologie n'est pas forcément mauvaise ni dangeureuse pour la santé. Si on se sert de la technologie, c’est pour essayer de faire un vin meilleur. Mais si les vignerons s’accordent à dire que le vin se fait à la vigne, on se tourne encore trop souvent vers la dernière technique pour personnaliser un vin en cave dont l’identité terroir a été effacé.

Les vins « naturels » : du jus de raisin, un point , c’est tout. Est-ce la réponse ? Pas toujours : le vin n'étant pas un produit final de la nature, seulement une étape éphémère vers des objectifs plus ascétiques, il faut l’intervention de l’homme pour le rendre stable et pour éviter deux trimestres de bacchanales pour le boire avant qu’il ne pique. Pour réussir un vin naturel il faut être doué, attentif et rigoureux, sinon, ça pue, ça pique, et ça pullule, donnant autant à boire qu’à manger. Il faut aussi accepter les ratés, … et peut-être éviter de les mettre en bouteilles.

Revenons donc à cette dégustation, tout à l’aveugle :

  • Domaine de Souch 2006 AOC Jurançon sec

  • Biodynamie déclarée, certifié Ecocert

  • Domaine Cauhapé Chant des Vignes 2006 AOC Jurançon sec

  • Plutôt conventionnel, vinification technologique.

Le Souch a les racines bien ancrées dans l’acidité et la minéralité. Peu bavard, plutôt floral, citronné et de belle longueur. Une fidèle expression du terroir. Le Cauhapé chante le pamplemousse à tue-tête, puis retombe exténué avant de dépasser la ligne d’arrivée. Gourmand, démonstratif, mais moins terroir. Nature 1 : Technique : 0.

Akmenine 06
  • Te Mata Woodthorpe Estate 2005 Sauvignon blanc, Marlborough, Nouvelle Zélande

  • Plutôt conventionnel et technologique

  • Domaine André Vatan Les Charmes 2006 AOC Sancerre

  • Plutôt conventionnel

  • Sébastien Riffault Akméniné 2006 AOC Sancerre

  • Plutôt naturel

Mûr, aux fruits blancs, un peu kiwi sur les bords, doux, rond mais un poil doucereux en finale. Un beau vin bien mûr du terroir du Sauvignon dans l’hémisphère sud. Le Vatan charme par son fruité exotique et expressif mélangé à une pêche et une poire mûres à point. Vif et juteux, c’est un Sancerre classique. Akméniné, par contre, trouble d’abord avec sa robe voilée. Derrière un premier nez de caramel au beurre salé, des fruits blancs mûrs se cachent avec des fraises des bois. Une bouche crémeuse, où le gras et l’acidité s’enroulent dans un tourbillon de saveurs, finit par séduire. On fait un saut en longueur sur ce dernier vin, peu sulfité et non filtré qui, chose peu commune à Sancerre, a fait sa fermentation malolactique. Technique et Nature : avantage Nature

  • Clos de la Coulée de Serrant 1999 AOC Savennières Coulée de Serrant

  • Biodynamie, certifé Demeter

  • Eric Morgat L’Enclos 2004 AOC Savennières

  • Plutôt raisonnable

  • La Ferme de la Sansonnière Vieilles Vignes des Blanderies 2002 AOC Anjou

  • ''Biodynamie, certifié Demeter. Paysan polisson."

etiquette Joly blle Le pape de la biodynamie ne nous a pas convaincu dans un serment qui digressait et finissait longuement sur un ton sec et sans panache. Complexe et discursif, La Coulée de Serrant, très réglissé, semblait avoir perdu un peu de sa verve. Joly vin quand même. L’Enclos de Morgat est un beau vin vigoureux, quoiqu’un peu fluide sur la fin. Couleur vieil or, au nez de coing et de miel, d’un style assez solaire, il lui manquait un peu de minéral ce soir-là. Marc Angeli de la ferme de la Sansonnière nous livre une leçon d’équilibre et de puissance dans ce vin riche et complexe, mélangeant le floral au minéral, le fruité et le végétal dans un ensemble harmonieux et long. Une très belle réussite. Technique 1 Nature 1

  • Pierre Overnoy 2006 AOC Arbois Pupillin

  • Vin naturel sans soufre

Par respect, on l’a goûté tout seul. Pierre Overnoy est le grand manitou des vins naturels sans soufre. C’est un vin à base de Chardonnay avec un nuage de Savagnin. La robe est dorée avec des reflets gris argentés. Le nez complexe : on y trouve une minéralité dominante, fumée avec des notes d’hydrocarbures, de poivre et de rhubarbe. La bouche est riche, avec une petite pointe de gaz et une belle trame acide. S’y rajoutent une goutte de viandox, des arômes de noix et de griottes ou de kirsch qui s’attardent sur une longue finale. Un magnifique vin naturel, comme il y en a peu.

  • Château le Puy 2005 AOC Bordeaux Côtes des Francs

  • Biologique avec très peu de soufre

  • Château de Francs 2005 AOC Bordeaux Côtes des Francs

  • Plutôt conventionnel

Le Puy était un peu rustique ce soir-là. Un fruit un peu séché par un bois vieilli. Une belle trame de tanins mais une chair qui lui faisait défaut. Le Château de Francs par contre était plein de fruité impudent, mais un peu simplet. Un vin bien fait, plutôt qu’un vin bien né. Un petit plaisir simple et gourmand. Technique 1, Nature 0

  • Domaine Gramenon Le Gramenon 2006 AOC Côtes du Rhône

  • Biodynamie et naturel. Usage minime du soufre.

  • Le Raisin et l’Ange Bran 2006 Vin de Table

  • Vin naturel sans soufre

  • Domaine de la Janasse Terre du Bussière 2006 VdP Principauté d’Orange

  • Plutôt conventionnel et vinification moderne

On a eu le meilleur et le pire des vins naturels. Le Gramenon, un juteux vin de soif dont on boirait la bouteille et Le Raisin et l’Ange qui a pêché par une volatile élevée, une mélange d’acétone et d’odeurs de cour de ferme d’antan. Dommage car la matière était jolie. Puis La Janasse – beau vin, droit, net, savoureux, gourmand et précis. Nature 1 Technique 1

  • Domaine Léon Barral Jadis 2004 AOC Faugères

  • Vin plutôt naturel avec un minimum de soufre.

  • Domaine Saint Antonin Magnoux 2006 AOC Faugères

  • Culture raisonnée très raisonnableBarral etiquette
Jadis 2004 est une savoureuse et juteuse expression de ce terroir de schistes. Une belle profondeur de fruit, cerise, mûres et fraise cuite. Epicé et fumée, avec des notes de réglisse et de cuir. Superbe. Saint Antonin Magnoux, très pur, droit et précis, plus frais que Jadis. On croque dans un fruité fraîchement cueilli, et les tanins sont fins et enrobés. La minéralité s’exprime à la sortie. Un style plus moderne et un très joli vin. Technique et Nature égales
  • Domaine Olivier Guyot La Montagne 2005 AOC Marsannay

  • Plutôt naturel

  • Domaine Philippe Charlopin En Monchenevoy 2005 AOC Marsannay

  • Plutôt conventionnel

Deux styles très différents. Un Guyot sans soufre (?) au style charnu et juteux, où se croisent cerises et framboises fraîches sur un parcours minéral et long. Une touche de végétal, de menthe fraîche, dans un beau Pinot noir rafraîchissant. Charlopin, plus moderne, précis et frais, mais un boisé toasté met le vin en boîte pour le moment et il faudra du temps pour retrouver la clé. Fine structure tannique, renforcé par les tanins du bois. Aujourd’hui, Nature 1 Technique 0, mais deuxième match à prévoir.

En guise de conclusion … :


« S’il ne meurt aujourd’hui, je puis l’aimer demain » (Andromaque)

Comme toute dégustation, celle-ci est incomplète et forcément orientée. Travailler le plus naturellement possible sans produits de synthèse, ce n’est qu’une question de bon sens et de bonne santé. Un terroir donne du sens au vin, mais à trop l’assommer, il peut mourir. Il faut savoir assommer avec modération ou ne plus consommer du tout .



* On sait que le vin bio n'existe pas, que ce sont les raisins qui sont bios et que jusque-là il n'existe pas de cahier des charges déontologique pour la production d'un vin bio. Des ébauches sont en cours …
08JUL

Dégustation Rioja

Pendant mon éducation à l’anglaise, avec la complicité de l’un de mes professeurs, j’ai souvent eu l’occasion de fréquenter l’aristocratie espagnole en exil, et mes rencontres fortuites avec le Marqués de Murrieta ou encore le Marqués de Riscal à la fin des années 1980 ont nourri mes premiers grands souvenirs de etiquette Riojajeune aficionado anglais.

Mais depuis lors, les quelques fois où j’ai croisé ces vieilles connaissances autour d’une table de dégustation, je n’ai pas retrouvé les mêmes plaisirs qu’autrefois. La seule explication que je trouve pour élucider ces déceptions, c’est que tous les vins français que j’ai goûtés depuis ont dû corrompre mon palais !

Néanmoins, depuis quelque temps, on entend parler d’une révolution dans les vins de la Rioja. Pas d’une révolution à la française où on liquide la noblesse, mais plutôt une révolution où les liquides deviennent plus nobles, plus chers et attirent un renouveau d’intérêt. C’était donc le moment de faire un tour de coteau et d’y goûter, car en matière de vin, ce n’est qu’en buvant qu’on en découvre le sens…

… ou plutôt « l’essence » lorsqu’il s’agit de certains vins espagnols où le bois semble flotter à la dérive sur un vin qui laisse le dégustateur hésitant entre Saury et Seguin Moreau. Il est vrai que dans la Rioja, depuis Henry Ford, on travaille à la chêne, façon américaine, mais le bois français est de mise aujourd’hui pour les grands vins du monde entier, et les Rioja n’échappent pas à la règle.

La Rioja n’a pas encore gagné une réputation pour de grands vins blancs

Abel Mendoza Malvasia 2007
Abel Mendoza est l’un des quelques « vignerons » de la Rioja, travaillant avec doigté sur un domaine de taille humaine (15ha). C’est toujours intéressant de goûter des raretés ampélographiques, comme cette Malvoisie de Rioja en version monocépage. C'est frais et gras ... Dommage que quelqu’un ait fait tomber un arbre dedans.

El Predicador blanco 2007
Benjamín Romeo est l’homme des deux cent sur cent : son Contador a reçu à deux reprises le sceau de la perfection Parker. N’en profiterait-il pas un tantinet ? Le Predicador blanco 2007 est gourmand et gras, façon poids lourd sans remorque. Ses rouges sont nettement meilleurs.

etiquette Jequitibá

Jequitibá 2006
Olivier Rivière (eh oui, un français en vadrouille sur les hauteurs de Cárdenas) a déniché de vieilles vignes de Viura (Maccabeu) pour nous faire un Jequitibá droit et long, frais ce qu’il faut, un vin blanc qu’on a envie de boire, enfin! En choisissant le nom d’un arbre (brésilien) pour ce vin, on pourrait craindre le pire, mais le bois est utilisé sciemment.

Le Tempranillo règne sur les bords de l'Ebro

Baigorri Tempranillo Maceración carbónica 2006
Toute la carrure d'un vin basque fond sous le charme d’un fruité aux yeux doux.

etiquette Valenciso1

Izadi crianza 2004
Un crianza d’école avec un fruité épicé et des tanins assagis par un boisé bien apprivoisé.

Valenciso Reserva 2002
Un vin qui a fait l'unanimité. Sans sourciller, le meilleur rapport prix-plaisir de la dégustation. Luis Valentín et Carmen Enciso ne produisent qu’un seul vin, un Tempranillo pur accompagné par un sage élevage en chêne français pendant un an. Un équilibre plein, soyeux, juteux et long qui a réveillé une certaine nostalgie aristocratique du goût.

Marqués de Murrieta Castillo Ygay Gran Reserva especial 1998
Une référence de la vieille école. Un élevage en barriques tellement long (41 mois !) qu'on se demande si on ne l'avait pas oublié. Il reste un fruité du troisième âge, la chair un peu fripée, mais qui se tient encore debout à l'aide d'un bâton de réglisse et d'une bonne dose d'humour épicé. Seulement une belle côte de bœuf le ferait vaciller aux genoux.

Torre Muga 2004
Solidement bâtie cette tour, élevée dans l'un des plus beaux des derniers millésimes. C'est un vin posé et sans faiblesse, qui a juste besoin d'un peu de temps pour baisser sa garde et se rendre plus accessible.

etiquette Calvario


Finca Allende Calvario 2005
Est-ce cela l’avenir des vins de Rioja ? Issu d’une seule parcelle de vieilles vignes, d'un élevage à la bordelaise, c'est un vin au poil lissé et gominé qui s’exprime sans accent en langue anglaise selon l'étiquette de rigueur. C’est un beau vin, but is this Rioja ?

08FEV

DEGUSTATION VAL DE LOIRE

Hier soir, une promenade aux bords du long fleuve tranquille...

Château Bois Brinçon 76 Vin de Table

Un pur Grolleau issu de vignes de 76 ans, cette cuvée est destinée à changer de nom tous les ans. Du fruit (fraise cuite, framboise en sirop, ...) sur un ensemble très gourmand et frais, poivré juste ce qu'il faut, c'est l'un de ces vins "saucisson" qui font glisser de leurs boyaux les charcuteries ligériennes.

Domaine de la Cotelleraie L’Envolée 2005 St Nicolas de Bourgueil

D'une robe profonde, scintillante comme le velours, encore pleine de jeunesse, d'une teinte cerise burlat. Quel nez séducteur ! Un mélange de jus de viande, de fumée, voilé d'épices, dont la douceur de la vanille, le tout couronné d'une cerise griotte bien mûre. En bouche, des volutes soyeuses de tabac blond et de fumée s'enroulent autour d'un fruité intense de cerises et framboises, saupoudré d'épices douces. Une belle bouteille charmeuse.

Clos Rougeard 2003 Saumur Champigny

Quel exploit que d'être resté tendu et frais dans une chaleur pareille ! photo bouteille Clos RougeardLes doigts de pieds au frais dans l'eau calcaire, les vignes du Clos ont gardé la sève froide dans cette canicule qui a vu d'autres flétrir d'inexpérience. Vêtu d'un paréo en dentelle, Le Rougeard ne laisse même pas apercevoir de rougeurs rugueux et nous emmène, tout en longueurs sveltes, vers une finale fraîche et expressive. Et cette cuvée, ce n'est que la cadette de la famille !

Domaine Baudry Les Grézeaux 1999 Chinon

Les Grézeaux, c'est la parcelle historique chez Bernard et Mathieu Baudry. De vieilles vignes sur un terroir de graves. Aujourd'hui en pleine maturité, le 1999 exprime des notes viandées et de cuir et d'autres de fruits cuits, à l'alcool, et de réglisse. La bouche est un voile de soie naturelle qui pare une chair tendre et encore juteuse.

Domaine du Bel Air Les Grandmonts 1996 Bourgueil

Un Cabernet franc bien mature de ce millésime de légende. Encore dense, aux tanins fondus, épicé et légèrement chocolaté, ... si seulement les gens savaient que les grands Bourgueil se gardent !

François Chidaine Rosé 2007 Touraine pétillant

François Chidaine s'amuse ici avec un cidre fait de Gamay. Un "Pét. Nat." comme on dit dans le dialecte ligérien (ce qui n'a rien à voir avec la flatulence, si ce n'est son pétillement naturel!), càd naturellement pétillant de fruité impudent et de gourmandise dévergondée. Un doux plaisir pour émoustiller les papilles !

Vincent Carême L’Ancestrale 2006 Vouvray méthode ancestrale

Toute la tendresse minérale de la craie qui l'a vu naître. Un Chenin qui frissonne sous une bulle toute menue.

Château Bois Brinçon 48 Crémant de Loire

48 mois à attendre sur lattes, c'est rasoir ! Mais on en obtient une mousse toute fine qui roule sur le palais. Quand elle se retire, elle laisse une texture minérale qui s'infiltre entre les papilles et exhale des saveurs de marée et de miel. Pour amateurs d'embruns et autres poissons en sauce.

Domaine de la Louveterie Fief du Breuil 1996 Muscadet-sur-lie

Un muscadet de 12 ans d'âge qui cède son acidité mordante et la minéralité nerveuse de sa jeunesse pour de l'embonpoint fruité et mielleux, à la recherche de la tendresse d'un poisson de rivière ou d'une viande toute blanche. Une belle expression de sagesse - merci Mr Landron !

Domaine de la Bergerie Clos du Grand Beaupréau 2004 Savennières

Montélimar en bord de Loire :

Action ! Vous êtes couché au soleil, plein sud en haut de coteau. A vos pieds, un vaste cours d'eau qui glisse languissamment vers le large, en scintillant de bonheur. La terre sombre renvoie la chaleur de cette fin d'après-midi et une odeur de pierres sèches. Une brise légère rafraîchit votre peau et fait frémir les feuilles vertes des tilleuls. Un léger crissement se fait entendre : Coupez ! Un copain en régie enlève le papier et vous tend un nougat au miel et aux amandes, spécialité de sa région, que vous humez avec délicatesse, avant de le glisser entre vos lèvres. Maquillage ! Action ! : Vous devez rester immobile. Le nougat vous fait patienter, mais une bouffée du cigare du caméraman vous donne une envie soudaine de fumer et vous savez qu'il vous reste encore du chenin (oops!) à faire. Le temps commence à se faire long. D'abord doux et confortable, la terre renvoie maintenant la fraîcheur de ses profondeurs dans les vôtres. Ca ne se termine jamais, cette scène ? Coupez ! Merci à tout le monde. On reprend tout à l'heure. (Je sais, je ne serai jamais scénariste !)

Domaine Didier Dagueneau Pur Sang 2002 Pouilly Fumé

Une leçon de ballet. Le vin danse comme Clara sur les pointes des pieds, faisant un va-et-vient sur la langue, habillé d'un tutu voletant. Rejoint par un Casse-Noisette tout en tendons et nerfs, qui danse droit et puissant, ils s'en vont tous les deux vers un royaume où les arbres sont en glace et les maisons en caramel.

La Grange aux Belles Merci 2007 Anjou

Merci à Marc Houtin et Julien pour ce plaisir immédiat de Sauvignon etiquette belle adorée(avec un nuage de Chenin), un vin qui volera la vedette à l'apéritif et qui risque de reléguer la théière aux oubliettes pour le 4 heures des gourmands.

La Grange aux Belles La Belle Adorée 2005 Coteaux de l’Aubance

Une révérence à cette référence en Aubance. Le Chenin, en Anjou, règne en majesté: ... Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté !

29JAN

To BIO or not to BIO ?

... That is the question !

Cogitations et commentaires à l'issu du salon Millésime Bio à Perpignan (Acte1)

Dans le climat actuel, plutôt réchauffé pour la période de l'année, il est évident que nous aimerions tous que ce qui est bio soit au moins un minimum bon, ainsi nous pourrions concilier nos aspirations écologiques avec nos poursuites hédonistes. En tout cas, ça m'arrangerait que les choses soient ainsi. Ceci dit, j'ai l'impression qu'on a une fâcheuse habitude d'admettre, voire d'accepter, des résultats médiocres sous prétexte des bonnes intentions de celui qui les produit, d'autant plus que ces intentions sont dynamisées par le cosmos médiatique, toujours aussi lunatique, et généreusement aspergées de sauces biologiques ! (hic! hic! ...)

C'est donc en quête de vins bio et bons (ou plutôt bons et bio), et avec une certaine appréhension de voir s'écrouler encore un rêve idyllique, que je me suis approché du salon professionnel de vins dits "bio" à Perpignan, hier.

Juste en préambule, quelques précisions, en vrac :

Actuellement, le vin "bio" n'existe pas, il s'agit de vins issus de raisins cultivés en agriculture biologique - ce sont les raisins qui sont bios et qui portent les marques d'une agriculture respectueuse de l'environnement, et non pas le vin. Même s'il n'y a absolument aucune raison qu'un raisin bio ne soit pas aussi bon (même s'il est moins beau) qu'un raisin pas bio (essayez de répéter cela 10 fois sans vous essorer la langue!), il est plus difficile à obtenir. Sulfate de cuivreLe fruit de la vigne se fait assaillir par la nature sous toutes ses formes, climatiques, animales, végétales, et le vigneron avec ses peu de moyens doit protéger son raisin contre une hydre inépuisable d'aléas et de maladies.

Par contre, ce qui se passe ensuite dans le chai, c'est une autre histoire. Il y a les parti-sans du vin naturel qui font tout sans : sans pompe, sans soufre, sans levures du commerce, sans chaptalisation, sans collage, sans filtration, et parfois sans électricité et... hop là! le vin se fait selon les règles de la nature, qui, ma foi, fait parfois bien les choses, et dans tous les cas, les règle à sa façon naturelle. Le résultat peut être superbe, mais c'est aléatoire. Le vin tel que nous le connaissons aujourd'hui, ne suit pas un cycle tout à fait naturel: la nature ne vendange pas, elle ne fait pas exprès de faire du vin avec du jus de raisin, et dans tous les cas, ce n'est pas son ultime objectif. Si on laisse libre cours à la nature, elle fait du vinaigre, ... et ça n'arrange que les salades et les cornichons.

Entracte

18JAN

Dégustation Rhône sud


Une dégustation presque monochrome mais haute en saveurs hier soir. A travers une douzaine et demie de bouteilles, Les dentelles de montmirail nous sommes promenés de haut en bas du sud de la vallée du Rhône, en passant par Gigondas, Lirac, Châteauneuf-du-Pape et d'autres terroirs où on a roulé les galets avant de rouler les "r". Des rouges où le Grenache mène le bal accompagné de Syrah, Mourvèdre et quelques compères moins connus, comme cette Counoise qui danse d'un pas léger sur un air plus frais, grâce à son acidité, son fruité et ses notes poivrées. Voici le programme (dur, dur) de la soirée :


  • Mourgues du Grès Terre d’Argence 2006, Vdp du Gard
  • Domaine de la Janasse 2006, Châteauneuf-du-Pape
  • Domaine de la Mordorée La Dame Rousse 2006, Tavel
  • Domaine du Pegau Plan Pegau, Vin de Table
  • Les vignerons d’Estézargues Les Grandes Vignes 2006, Côtes du Rhône
  • Domaine Piaugier Les Briguières 2005 / Montmartel 2004 / Ténébi 2005, Côtes du Rhône Sablet
  • Domaine des Escaravailles La Ponce 2005, Rasteau
  • Domaine de la Mordorée La Reine des bois 2005, Lirac
  • Le Sang des Cailloux Doucinello 2005, Vacqueyras
  • Domaine Santa Duc Prestige des Hautes Garrigues 2004, Gigondas
  • Domaine Gramenon La Mémé 2004, Côtes du Rhône
  • Domaine du Pegau Cuvée Réservée 2004 en magnum, Châteauneuf-du-Pape
  • Domaine de la Janasse 2004 en magnum, Châteauneuf-du-Pape
  • Clos des Papes 2001, Châteauneuf-du-Pape
  • Domaine des Escaravailles rouge VDN Rasteau
  • Domaine des Escaravailles blanc VDN Rasteau

Pas de bémol dans la dégustation, mise à part une certaine rusticité du vin de table, et l'ordre a évité que les vins se marchent sur les pieds.

Etonnante : la pure gourmandise des Grandes vignes d'Estézargues, du cinsault juteux et frais qui nous ferait sortir le barbecue même par temps de pluie !

Fringante la Mémé ! Une pulpeuse et savoureuse ensemble de chair et de tanins doux nous font vite oublier de fugaces odeurs animales et le léger trouble de ce vin nature, tout en Grenache, de vignes centenaires.

Le hibou et la bécasse : Yves Gras de Santa-Duc (d'après le majestueux hibou Grand-duc) et Christophe Delorme de la Mordorée nous livrent deux cuvées de haut vol, l'un un Gigondas très chouette (pardon!), puissant mais fondu, épicé à souhait et long, long, long; l'autre un Lirac à revisiter d'ici quelques années, lorsque le bois sera mieux camouflé - mais la sève du vin est belle et soyeuse.

Farigoule-Férigoule : ça sent le thym ! Le Sang des cailloux de Serge Férigoule nous a séduit par ses odeurs de garrigue, de fruits (fraises cuites, cerises) et de fumée, délicatement enrobées dans un parfum de fourrure. Un joli animal, complet et complexe, jeune et plein d'avenir.

3 châteaux 9 : un Clos des Papes à maturité, en robe de grenat aux franges orangé, coiffé de senteurs de fruits secs, d'épices douces et de jus de viande; La Janasse en pleine forme de jeunesse, moderne et branché fruit et fraîcheur, aux tanins mûrs et doux, particulièrement séducteur par sa gourmandise; un Pégau complexe qui a déjà entamé son évolution, où viande, fruit, épices et sous-bois font une marinade aromatique pour une structure très mûre et aux tanins légèrement granuleux. Trois styles très différents : finesse, fragrance et fantaisie.

Trois bonnes pioches : le domaine Piaugier est une valeur sûre pour des vins tout simplement très bons : du trio, les Briguières sur argilo-calcaire offre le vin le plus complet, encore ferme, mais déjà si avenant sur le palais; Montmartel, sur sables, est plus rond, assez souple et immédiat, mais aux tanins plus fermes;La Ponce d'EscaravaillesTénébi, c'est la Counoise en direct et à 100%: rond, frais, épicé, mais un peu bancal: un autre cépage en béquille lui donnerait plus d'harmonie dans l'équilibre.

La petite bête : Pas la peine de la chercher sur les hauteurs de Roaix où le domaine des Escaravailles fait des Rasteau mûrs mais frais et des VDN charmeurs et insolemment fruités.

Prochaine dégustation : découvertes en Loire le 7 février