Visca Catalunya
Posté par daniel craker, le mercredi 11 novembre 2009 à 18:51
Catégorie : Dégustations
Au pays du soleil, de la mer et du vin, à bourricot sur deux états, nous sommes partis en promenade de bouteille en bouteille à la recherche d'un caractère catalan bien trempé dans la Méditerranée. Des onze appellations, douze si on compte le Cava, nous avons choisi quelques unes qui semblent avoir fait le plus d'efforts pour évincer les cépages envahisseurs du pays "voisin de dessus" pour y refaire vivre ceux du coin.

Malgré une très longue tradition viticole, l'histoire des appellations en Catalogne est récente, la plus ancienne, l'Empordà, date de 1975, et le Montsant de 2001. C'est dire toute l'importance des dernières années pour mettre de l'ordre dans les ceps. Pour se faire entendre sur la scène internationale, il vaut mieux parler le Cabernet et le Chardonnay que le Sumoll et le Callet. Et pour se vendre aux Amériques, un peu de langue de bois n'est jamais de trop : les vins catalans, comme les autres vins d'Espagne, ont pendant un temps écouté les sirènes venues des lointaines côtes atlantiques. Mais aujourd'hui on voit un début de renaissance de l'esprit vigneron catalan et des cépages autochtones. Et tant mieux, car même si ce serait certainement plus simple si nous parlions tous la même langue, imaginez l'ennui !
A bas l'espéranto ampélographique ! Vive le plurilinguisme ! Et tant qu'à faire : Visca Catalunya !
Recaredo Brut Nature 2006 (DO Cava) Non, ce n'est pas un ersatz de Champagne ! Ce cava revendique une identité propre en n'utilisant que du xarel.lo, parellada et macabeu dans son assemblage. Un vignoble de 46ha en bio, vendangé à la main, des rendements d'environ 40hl/ha. Remué manuellement après 27 mois sur lattes avec un bouchon en liège et dégorgé à la volée sans congélation préalable. Pas de liqueur d'expédition, la première bouteille à être dégorgée sert pour faire le niveau des autres - en plus, à Recaredo on ne produit que des brut natures. Ce n'est peut-être pas l'idée que l'on se fait d'un cava, mais quitte à en boire, autant que ce soit du vrai de vrai.
Une mousse tendre et volumineuse, un nez de verveine, d'épices comme l'anis et le poivre, de poires mûres, d'agrumes. La bouche fond sous la langue en petites bulles qui craquent et laissent couler un jus savoureux et tendre qui finit sur de beaux amers, sans rancune, juste une petite revanche bien méritée.
Pardas Xarel.lo 2007 (DO Penedès) Je vote en faveur de l'expression de l'autochtonicité. Pourquoi faire du Chardonnay dans le Penedès quand on peut y faire du Xarel.lo ? Ananas confit, agrumes, fleurs blanches, poivre. Tout en volume dès l'attaque, la fin de bouche s'en va au large dans de beaux amers.

Masia Carreras 2007 (DO Empordà) Voici un bel assemblage de cépages du cru : Carignan blanc, Picapoll, Grenache gris et blanc. De vraies vieilles vignes sur un sol de schistes dégradés. Un nez doux de nougat aux fruits confits, d'agrumes confits, d'abricots, avec une touche de minéralité, de fumée. La bouche est riche et grasse, puis s'étire et s'affine, perd son embonpoint et se retire en filant droit et minéral. Un beau vin de vigneron !
Anima Negra An 2005 (Vi de la Terra de Mallorca) C'est l'histoire de trois amis d'enfance, Fongoneu, Callet et Manto Negro, qui rêvent de pouvoir se mesurer contre des carrures de renommée mondiale et de prouver leur propre valeur au delà de leur Majorque natale. Sauf qu'en s'habillant comme les autres et en parlant la même langue, ils risquent de se noyer dans la foule et de ne plus se faire entendre. Un joli vin comme ceci, (beau grain de tanins, succulentes saveurs fruitées, fumées et sanguines) devrait être fier de parler son dialecte sans se soucier de la grammaire du bois neuf.
Cèrvoles 2005 (DO Costers del Segre) Costers del Segre est une de ses appellations qui a vendu les bijoux de famille pour s'offrir toute la collection de brillants à la mode, qu'ils ont bien su travailler, d'ailleurs. Si je vous dis "Raimat", peut-être aurez-vous déjà goûté des vins de cette DO sans le savoir ? Ce Cèrvoles est un beau vin bien fait d'Ull de Llebre (Tempranillo), Cabernet sauvignon, Grenache et Merlot, un vrai salmigondis de cépages qui fait une savoureuse macédoine de fruits rouges bien mûrs au jus de viande et épices douces.
Sot Lefriec 2002 (DO Penedès)
Le vin le plus français
de la dégustation. Du Merlot, du Cabernet et un soupçon de Carignan dans un millésime difficilissime (pluies aux vendanges) où une sélection rigoureuse était la seule solution pour s'en sortir. Un début d'évolution, des notes de viande, de fumée, de fraise et de framboise, une écharde de bâton de réglisse. La bouche est suave, fraîche, très girondine avec ses tanins fermes, fluides et fins.
Mas Estela Vinya Selva de Mar 2004 (DO Empordà) Un beau vin de soleil, de la lune et des étoiles. Mûres, viande, épices, chocolat, au nez. Une bouche serrée serrée en finale, qui a besoin de se frotter contre une cuisse de sanglier ou de biche pour lui enlever quelques couches d'épiderme et finir en tendres enlacements.
Venus la Universal
2005 (DO Montsant)
La Déesse de l'amour fait l'unanimité. Un nez de séducteur expérimenté: il embaume de fraises et de cerises dans un nuage de parfum fruité; il sait rajouter de l'épice quand il le faut, et il se ressaisit et adapte son ton à chaque fois qu'on le fait virevolter. La bouche est toute une leçon de tendresse avec ses rondeurs généreuses animées par une verve rafraîchissante. Juteux, savoureux, bien balancé, et dévoué en longueur. Un jeune vin qui promet.
Els Escurçons 2006 (DOQ Priorat) Produit dans un coin oublié, rescapé de l'étreinte des vipères en haut de la colline où les schistes deviennent rouges. Els Escurçons est un "vi de finca": un vin produit sur une seule parcelle, comme un futur cru - trop cru encore car trop jeune - de Grenache essentiellement, et de quelques plants de Syrah. C'est un beau vin, équilibré, floral, plein, réservé et minéral, qui ne fait que balbutier ses premiers mots doux au nez qui s'y approche. C'est un Priorat en finesse, en élégance, étonnamment complet vu le jeune âge de ses vignes. C'est déjà très bon, mais ce sera superbe, il faut attendre qu'il déroule tous ses charmes sous l'enchantement rythmique du temps.
Vinya del Vuit 2006 (DOQ Priorat) Sur sa réserve, têtu comme le mule qui a labouré les terrasses pierreuses, le Vuit (8) est sombre et couve ses talents avec jalousie. Plus riche et plus serré que Els Escurçons, ici c'est le Carignan centenaire qui prend une revanche bien méritée après avoir été laissé à l'abandon pendant une trentaine d'années, à se morfondre dans ses schistes. A nous d'attendre patiemment son éveil. Un très beau jus, pur et sagement extrait de sa carapace, laisse deviner un long avenir.

Alta Alella Dolç Mataró 2006 (DO Alella) Du cassis et re-cassis avec chocolat en poudre, et un soupçon de réglisse. Un sage dosage de sucrosité structurée par des tanins suaves, malgré une macération très longue (6 mois en cuves !). Un verre de vraie gourmandise. Le Mataró est un cousin du Mourvèdre que le développement urbain sur ces bords méditerranéens a failli vouer aux oubliettes.
La Rectorie Côté Mer 2007 (AOC Collioure) Quelle différence de style ! Fluide, tendu, un peu sur la réserve; minéral et frais. Une leçon de réserve et d'élégance, histoire de réveiller des rivalités saines entre Catalans du nord et Catalans du sud.


D’abord, de quoi parle-t-on quand on parle bio et technologie ?
Le pape de la biodynamie ne nous a pas convaincu dans un serment qui digressait et finissait longuement sur un ton sec et sans panache. Complexe et discursif, La Coulée de Serrant, très réglissé, semblait avoir perdu un peu de sa verve. Joly vin quand même.
L’Enclos de Morgat est un beau vin vigoureux, quoiqu’un peu fluide sur la fin. Couleur vieil or, au nez de coing et de miel, d’un style assez solaire, il lui manquait un peu de minéral ce soir-là.
Marc Angeli de la ferme de la Sansonnière nous livre une leçon d’équilibre et de puissance dans ce vin riche et complexe, mélangeant le floral au minéral, le fruité et le végétal dans un ensemble harmonieux et long. Une très belle réussite.
Technique 1 Nature 1

jeune aficionado anglais.
Les doigts de pieds au frais dans l'eau calcaire, les vignes du Clos ont gardé la sève froide dans cette canicule qui a vu d'autres flétrir d'inexpérience. Vêtu d'un paréo en dentelle, Le Rougeard ne laisse même pas apercevoir de rougeurs rugueux et nous emmène, tout en longueurs sveltes, vers une finale fraîche et expressive. Et cette cuvée, ce n'est que la cadette de la famille !
(avec un nuage de Chenin), un vin qui volera la vedette à l'apéritif et qui risque de reléguer la théière aux oubliettes pour le 4 heures des gourmands.
Le fruit de la vigne se fait assaillir par la nature sous toutes ses formes, climatiques, animales, végétales, et le vigneron avec ses peu de moyens doit protéger son raisin contre une hydre inépuisable d'aléas et de maladies.
nous sommes promenés de haut en bas du sud de la vallée du Rhône, en passant par Gigondas, Lirac, Châteauneuf-du-Pape et d'autres terroirs où on a roulé les galets avant de rouler les "r". Des rouges où le Grenache mène le bal accompagné de Syrah, Mourvèdre et quelques compères moins connus, comme cette Counoise qui danse d'un pas léger sur un air plus frais, grâce à son acidité, son fruité et ses notes poivrées. Voici le programme (dur, dur) de la soirée :
Ténébi, c'est la Counoise en direct et à 100%: rond, frais, épicé, mais un peu bancal: un autre cépage en béquille lui donnerait plus d'harmonie dans l'équilibre.
